Extrait "industrie du gaz"

Arnaud tremblotait. Il paniquait totalement. Il suait à grosse gouttes. On aurait dit qu’il avait dans sa main une grenade dégoupillée et qu’il commençait à ne plus avoir la force de la tenir. Ses dents étaient serrées, crispées. Son visage était tendu et ses muscles trop contractés dessinaient une grimace qui dévoilait sa terreur.

-          Je ne comprends pas ce qui s’est passé. J’avais bien vérifié la tête de l’injecteur, qui sert à créer la cavité dans la couche de sel. C’est vrai, depuis l’accident sur le chantier, j’ai dû courir après les événements pour ne pas prendre de retard. J’ai zappé les contrôles hebdomadaires pour me consacrer aux travaux d’urgence pour que le forage ne prenne pas de retard. Et puis, il y a aussi eu toutes ces visites du chantier, les élus, la presse, les écolos. Bref, j’ai tout le temps été dérangé et je ne pouvais pas me consacrer à tous ces contrôles ».

-          Combien ? Quelle est la taille de la cavité maintenant ? »

Il avait les yeux baissé et parlait tout doucement, comme un enfant qu’on sermonne ou qui sait qu’il va être durement réprimandé.

-          Tu insistes, ça va, ça va ! Je pense qu’elle est de trois-cents mètres de large pour cinq-cents de long, du côté du canal d’Alsace… »

-          Quoi ! Tu plaisantes ? Dis-moi que tu n’es pas sérieux ! Dis-moi que ce n’est pas vrai ! ».

Le serveur s’effraya de l’autre côté de la grande salle du rez-de-chaussée tant Sabrina s’était exclamée sans retenue. Il se pressa de quitter l’arrière du comptoir pour entrer dans la cuisine et laisser le couple encore seul dans une plus grande intimité.

-          Mais je pense par contre que nous avons un maximum de quarante mètres de hauteur de plafond ».

-          C’est totalement irréel. Tu me dis ça comme si la situation n’était finalement pas si grave. Tu ne te rends pas compte de ce que tu as fait ! »

-          Mais enfin, j’essaie de te dire qu’il y a eu un sabotage, l’injecteur est calibré pour libérer un certain volume d’eau, et remonter des liquide salés le cas échéant ».

-          Qu’est-ce-que tu racontes ? »

-          Après que le chef d’équipe m’ait indiqué les volumes d’eau consommés, j’ai constaté que la quantité était supérieure. Nous avons consommé six fois plus d’eau. La buse, remontée, présente une centaine de trous supplémentaires, faits artisanalement. Martin pense qu’ils ont utilisé un foret à acier de diamètre vingt.

Sabrina semblait sceptique. Pourquoi le chantier de forage pouvait-il être la cible d’un acte de sabotage. Ce n’était pas cet aspect qui l’intéressait.

-          Montre-moi, avec la carte, où se situe l’accident ».

-          C’est ici, entre le village de Blodelsheim et le Rhin. La cavité est à peu près au milieu. Les baraques de chantier sont installées ici. Il y a une maison rouge à droite, rue du général de Gaulle, à Blodelsheim. Il faut continuer encore une centaine de mètres environ.

-          Qu’est-ce-qui est au milieu ? »

-          Le puits de forage est au milieu ».

-          Donc la cavité est à environ deux cents mètres du bord du canal ? »

Arnaud hésita à répondre. Puis il dit, en posant les mains rassemblées devant sa bouche et sur ses joues :

-          Ou peut-être cent mètres… environ ».

Sabrina, qui participait aux travaux depuis le départ du dossier n’avait pas connaissance de l’existence de ce forage. Il lui semblait que les quatre forages devaient être effectués à l’ouest de la R.D.468 et non à l’est. Elle s’en souvenait bien, les plans ne mentionnaient rien à l’est de cette route. Il devait y avoir une distance de sécurité d’environ un kilomètre entre le premier forage et le canal. Elle se leva, quitta le restaurant, s’installa dans sa voiture et téléphona consécutivement à cette nouvelle qui l’avait effarée.

-          Allo, madame l’américaine, j’ai besoin d’un contact urgent pour une affaire de la plus haute importance. Monsieur Fiing doit être présent, c’est impératif. Il faut arbitrer sous deux jours ».

Marylou Riff écouta le message et répondit :

-          On ne dérange pas monsieur Fiing pour des affaires d’épicerie. Je viendrai peut-être seule ».