Extrait "nucléaire"



Lorsqu’il avait surpris un versement de cinq millions d’euros à un certain Olivier Wehr, il avait tout d’abord pensé qu’il s’agissait d’un homonyme de l’employé du même nom qu’il connaissait dans les services administratifs de la centrale. Il n’avait pu imaginer qu’il s’agisse du même personnage. Celui qu’il connaissait était célibataire, timide, isolé, peu loquace, et vivait sans contact avec les autres. Il n’en fournissait pas moins un très bon travail à la centrale. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit que le destinataire de ce virement considérable était cet homme probe, irréprochable. Il s’était intéressé d’un peu plus près à ce collègue de travail, pensant apprendre une vie secrète. Il avait été déçu et rassuré de remarquer qu’aucun élément ne confortait cette première idée. Olivier Wehr était réellement un homme totalement isolé, mais droit. Il ne s’interrogea pas sur la provenance de cette petite fortune et se rendit chez lui avec une audace incroyable. Il se souvenait encore de la personne hébétée qui lui ouvrit. Il reconnu Olivier, évidemment, mais pas le comportement de monsieur Wehr qu’il croisait furtivement lors du déjeuner. Olivier était déboussolé et cet argent parachuté sur un compte dont il ne s’expliquait pas l’existence lui avait fait perdre tous ces repères. Hugues ne s’était pas attardé sur l’abandon de poste. Ce détail non plus n’avait pas retenu son attention. Cinq millions d’euros, voilà ce qui l’intéressait. Il détenait de plus en plus de renseignements compromettants sur de multiples personnalités, mais ne savait comment les exploiter sans risque pour en tirer profit. Or, devant lui se trouvait un homme d’une honnêteté inaltérable qui venait de réceptionner de l’argent dont il pouvait aisément se douter qu’une contrepartie serait réclamée. Hugues s’était précipité chez Olivier à bord de son véhicule et avait échafaudé ses arguments pendant le trajet.

-          La meilleure des solutions, c’est de retirer immédiatement cet argent de votre compte, si vous voulez avoir une chance de faire croire que vous ne comptiez pas vous enfuir avec la somme. Votre départ inexpliqué de la centrale nucléaire nous a tous inquiétés. Vous avez été piégé. J’ai été chargé de vous retrouver puis de vous remettre dans le droit chemin ».

-          C’est un peu facile !

-          Je ne vous comprends pas, Monsieur Wehr, expliquez-vous ».

-          Oui, avant, je n’avais pas d’argent, personne ne s’intéressait moi. Je m’occupais de ma maman malade en fils unique attentionné. Maintenant, je n’ai plus ni famille ni emploi, et vous venez frapper à ma porte ».

-          Bon, écoutez, c’est très simple. Je viens pour vous tirer d’affaire. Je vous explique la situation vue de notre côté : vous travaillez chez nous, vous avez accès à des données vitales pour la sécurité, vous disparaissez et quelqu’un vous verse une fortune ».

-          Et vous voulez cet argent ! »

-          Vous ne me comprenez pas ».

Hugues s’exprima avec un calme que personne sans doute ne lui connaissait. Il poursuivit.

-          Le premier détail important que vous devez prendre en compte, c’est que vous êtes parti. Ne dites rien, laissez-moi parler. Le second détail c’est que vous venez d’avoir un courrier vous indiquant que votre compte, en Suisse, est créditeur pour un montant de cinq millions d’euros. Comment pourrais-je savoir une telle chose ? A votre avis ? »

-          Je… Vous… je l’ignore ».

-          Je ne veux pas de réponse et je ne vous dirai rien. Je veux vous protéger. Croyez-vous que vous allez vivre longtemps avec cinq millions d’euros qui ne vous appartiennent pas ? Vous n’êtes pas stupide. Le propriétaire va vous retrouver, et vous mettre une balle dans les deux genoux, puis le reste du corps, jusqu’à ce que vous le suppliiez de vous achever. Prenez vos affaire, votre passeport, nous partons ».

Olivier s’exécuta, enfila des chaussures et ferma la porte de son domicile à double tour. Hugues souriait en regardant dans la direction opposée.

Quelques heures plus tard, avec la valisette contenant la somme de cinq millions d’euros attachée à son poignet, Olivier se dirigea vers la sortie de la banque. Il voyait Hugues assis sur le capot de sa voiture, attendant patiemment son retour, pendant la dizaine de mètres qu’il parcourut en direction de la grande porte vitrée de la banque suisse. Il se remémorait ce que le responsable informatique lui avait dit : s’il avait l’argent sur le compte, il risquait de mourir. Mais à présent, les cinq millions d’euros étaient à quelques centimètres de sa main. Se libérant de sa rigueur spontanément, il retourna vers la banquière qui lui avait remis la somme en espèce non sans discussions.

-          Mademoiselle, la banque dispose-t-elle d’une autre entrée ?

-          Bien entendu monsieur Wehr. Vous pouvez me suivre. Nous avons trois accès différents. Je pensais que vous étiez attendu. J’aurais dû vous proposer la sortie par nos jardins immédiatement ».

Ils s’engagèrent dans un parc verdoyant et inattendu qu’ils parcoururent jusqu’à une imposante porte en bois massif.

-          Vous avez des ennuis monsieur Wehr ? Nous sommes également là pour le bien-être de nos clients ».