Extrait "sismologie"

Tout d’abord Serge développa son plan :

-          Le point numéro un nous permettra un aperçu des grands de tremblements de Terre qui font référence. Le point numéro deux nous donnera l’occasion de mettre en lumière les risques associés, les conséquences dramatiques des séismes. Pour finir, nous croiserons ces événements pour en puiser les similitudes, puis nous dresserons un constat bien réel. Pour finir, je vous dévoilerai l’aboutissement de mes travaux, une avancée considérable en matière de prévisibilité des tremblements de Terre ».

Ce dernier point suscita le vif intérêt de la salle, et plus spécialement d’une jeune femme immanquable, peut-être métisse, qui avait préférée rester dans l’obscurité de la salle, à un endroit où les projecteurs n’étaient pas aussi efficaces. Elle se pressa pour saisir un appareil, un carnet et un stylo tandis qu’elle ne quittait pas son téléphone.

 

Serge annonça le plan puis le titre du premier point à la manière d’un professeur qui dicterait un cours :

-          Point numéro un : aperçu des grands de tremblements de Terre qui font référence.

Serge éprouvait beaucoup de fierté d’avoir été invité à présenter ses connaissances accumulées. L’étude des séismes était le travail de toute une vie de recherches. Sa vie. Il n’avait pas identifié cette jeune personne. En effet, dans la salle il savait qu’il comptait des amis ou sympathisants, à commencer par Paul Erwin. Il n’avait pas remarqué l’intérêt particulier qu’il avait suscité auprès de trois personnes au moins. Après la première jeune femme dans la pénombre, une jeune étudiante, Marylou, questionnait son voisin et semblait tout vouloir découvrir sur le sujet. A la droite de Marylou, Philippe Martin, répondait sans se faire prier. Il supposait que ses réponses permettraient à la jeune, prétendue étudiante, d’avancer dans ses connaissances universitaires. A la gauche de Marylou par contre, un homme, d’une cinquantaine d’année environ, sembla vraiment perturbé. Il triturait les lacets de ses souliers en clairs, probablement en daim. Impatience ou agacement, l’un des deux était perceptible. Il ne put rester assis. Il quitta la conférence dès qu’elle eut commencée alors que ses deux voisins poursuivaient leur discussion.

La troisième jeune femme à être intéressée venait de rejoindre son siège. Elle, Sarah Ulysse, marchait difficilement avec ses béquilles et une jambe dans le plâtre. Elle se savait fort jolie. Pourtant ce jour-là son charme sembla totalement inopérant. Elle avait entrepris de questionner un jeune cadre, devant elle, et fut surprise de voir avec quel mépris celui-ci l’avait éconduite. La réaction lui parut étrange et totalement disproportionnée. Ce jeune homme refusait toute réponse.

-          Ecoutez mademoiselle, je n’ai pas besoin, ni envie de d’écouter vos questions. Seul l’homme qui se trouve devant nous est en mesure de fournir des réponses à vos interrogations. Si vous vous êtes trompée de salle, je ne vous retiens pas, mais de grâce, laissez moi écouter monsieur Serge Thrust ».

Les paroles de ce jeune cadre, un certain Vincent avait-elle cru comprendre, avait laissé Sarah Ulysse abasourdie. Elle qui était en voyage à la demande de son patron, Jean-Louis Gullung, avait pour but d’écouter les révélations de Serge Thrust. Jean-Louis Gullung et Serge étaient amis. Cependant, celui-ci, occupé par la récente éruption volcanique en Islande, n’avait pu être aux deux endroits à la fois. Sa jeune collaboratrice, Sarah Ulysse, venait d’être victime d’un accident de ski. Jean-Louis avait donc demandé qu’elle assure la couverture presse de la mission la plus adaptée à son handicap passager. Assise au milieu de la première rangée, Béatrice Halisinski se retourna vers Sarah. Elle lui glissa sa carte de visite après qu’elle eut pris le soin d’ajouter son numéro de téléphone portable. Tout en prenant cette carte de visite inattendue, Sarah releva les yeux et vit madame Halisinski lui faire un signe. Elle avait l’index devant la bouche pour lui recommander de garder le silence tout en lui murmurant :

-          Mademoiselle, rejoignez-moi dans le hall après la conférence, nous prendrons le diner ensemble ».

Sarah était doublement surprise. Tout d’abord elle avait été éconduite sans ménagement par un cadre, Vincent, puis dans la minute suivante elle avait été invitée à diner par une sexagénaire qui lui était totalement inconnue.

Sur l’estrade, le conférencier avait déjà évoqué, dans son historique, le terrible tremblement de Terre de Lisbonne, qui s’était produit en 1775. Il avait expliqué qu’en quelques heures, Lisbonne qui avait été l’une des plus grandes villes du monde, avait été rayée de la carte par un séisme dont l’épicentre avait dû se situer au large, en plein Atlantique. Serge avait décrit le scénario catastrophe qui s’était déroulé un matin d’automne, à une heure où la ville entrait en effervescence. Il avait expliqué comment les trois-cent-mille habitants avaient été surpris par un désastre précédé d’un grondement terrible, inédit en ces lieux.

-          Il faut se placer dans le contexte : en 1775 Lisbonne est une cité dont la prospérité est liée à son port aux activités internationales, pour ne pas dire mondiales. Son port abrite l’armada navale portugaise, ses navires marchands. Au dix-huitième siècle, cette situation confère à la ville un statut confortable grâce à son développement économique et ses capacités d’échanges commerciaux avancés. Les habitants de cette cité jouissent d’un confort de vie associé au rayonnement de leur empire. Ce matin pourtant, leur existence allait être anéantie par un séisme puissant.

Serge était remarquable pour expliquer des mécanismes en sismologie. Il dévoilait également des talents pour captiver le public en mettant en scène des situations qu’il n’avait pas pu vivre. Il comprenait parfaitement bien la chronologie telle qu’elle s’était déroulée, ce qui rendait son récit entièrement crédible.

-          Ce n’était peut-être pas le séisme le plus puissant que l’Europe civilisée ait connu, cependant en raison des règles constructives du moment, il fût assurément dramatique en pertes humaines. La foi des Portugais s’en trouva d’autant plus mise à mal que les milliers de fidèles, qui assistaient à l’office religieux de ce matin de Toussaint, furent broyés par l’effondrement de la cathédrale. Partout ailleurs, des milliers, des dizaines de milliers de bâtiments, d’habitations et édifices, furent réduits en poussières. Les poutres des toitures, les pierres des bâtiments et les corps humains s’entremêlaient,ensanglantées. L’ampleur des pertes humaines placèrent ce séisme dans la catégorie des plus violents. Certaines estimations qui se basent sur une multitude de témoignages, prêtent à ce séisme une intensité supérieure à huit sur l’échelle de Richter. D’aucuns se risquent même à annoncer, pour ce séisme, une intensité proche de neuf sur l’échelle de Richter ».

L’assemblée était silencieuse, captivée par les propos de Serge savamment agencés pour susciter une envie croissante de connaître le dénouement. Il terminait le récit portugais et enchaina, tambours battants, avec un nouvel exemple.

-          San Francisco, 1906, un séisme de trois minutes. Une intensité de 8,25 sur l’échelle de Richter. Le phénomène connu est lié au déplacement brutal d’une faille sous-terraine trop longtemps retenue. Une ville insouciante est broyée en plein développement car les habitants ignoraient tout de la faille de San Andréas. Ils l’apprirent à leurs dépends.

Serge dosait savamment les commentaires personnels entre les données scientifiques ou techniques, de sorte à donner vie à l’anecdote.

-          Tokyo est victime d’un séisme en 1923. Un séisme de quarante secondes, de 8,3 sur l’échelle de Richter, est lié au déplacement d’une faille aujourd’hui bien connue, une faille dans la baie de Sagami. La ville est anéantie en moins d’une minute à la surprise générale des habitants. Ils n’avaient aucune idée du danger qui se tapissait sous leurs pieds. Ils le découvrir douloureusement.

Dans l’auditoire, un léger murmure accompagnait la venue d’un homme qui rejoignait visiblement son siège. Il avait dû s’absenter car une veste était négligemment posée à l’endroit où il s’assit. Serge ne s’arrêta pas.